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École verte à Bali

Par Ben Macrory

Traduction par Myriam Cissé

En prenant le nord vers Ubud, sur une des principales routes de Denpasar, la chaotique capitale de la province de Bali, il est difficile de se faire une idée de la magie qui nous attend. On aperçoit encore des rizières et des temples hindous, mais le Bali ancestral cède de plus en plus la place aux concessionnaires de moto, aux cafés internet et aux mini-marchés tapageurs ouverts 24 heures sur 24, qui ont remplacé les traditionnelles entreprises familiales appelées warung. Ceci dit, après avoir atteint le village de Sibang Kaja, en prenant un virage sur une route défoncée et cahoteuse de 500 mètres, on découvre un tout nouveau visage de l’Ile des Dieux. Depuis l’aire de stationnement donnant sur la vallée de la rivière sauvage d’Ayung, la première structure visible à travers le feuillage de la jungle est un étonnant pont couvert de bambou, muni d’un toit incurvé dont les extrémités saillantes pointent vers le ciel comme la proue d’un navire. Ce pont est construit dans un style qui n’est pas sans rappeler celui du peuple Minang de Sumatra. Pour paraphraser Le Magicien d’Oz : Dorothy, nous ne sommes plus à Kuta.

Bienvenue à la Green School de Bali, une école internationale unique en son genre !

Ouverte depuis cinq ans, la Green School s’est attiré attention et hommages internationaux pour ses efforts novateurs à l’apprentissage scolaire dans le respect de l’environnement. Elle a même récemment été choisie comment étant “l’école la plus verte au monde” par le Conseil américain du bâtiment durable, l’organisme qui décerne la certification LEED pour les bâtiments respectueux de l’environnement. La Green School possède l’un des plus beaux campus imaginables, avec des structures extraordinaires de bambou surgissant de la jungle. Elle est entourée de jardins organiques luxuriants et est traversée par la rivière Ayung. La Green School dessert une population internationale de 270 étudiants de 55 pays, de la pré maternelle à la 12e année, avec internat disponible pour les élèves de grade 6 et plus. L’école prend également en charge un programme de bourses d’études pour des enfants Balinais qui autrement ne seraient pas en mesure de payer les frais de scolarité. Ces derniers représentent présentement environ 10% de la population. Cependant, grâce à un programme de collecte de fonds, la Green School espère porter ce chiffre à 20%.

La Green School offre un programme centré sur l’élève, destiné à cultiver et à mettre en avant tous les aspects des capacités humaines d’un enfant. Ce programme comprend tous les sujets traditionnels, mais la formation académique à la Green School est garnie d’un support basé sur l’apprentissage expérimental, environnemental et entrepreneurial en plus de l’apprentissage des arts créatifs. Les leçons à la Green School sont dispensées autant que possible en dehors des salles de classe et mises directement en pratique d’une façon qui maintient un lien avec le monde naturel. Les objectifs de l’école sont simples mais ambitieux: fournir à ses élèves la capacité d’acquérir les compétences et la teneur nécessaires afin de devenir des concurrents efficaces et effectifs dans un monde qui rapetisse, tout en développant leur sens de citoyens du monde plus conscients de l’environnement, capables d’explorer les possibilités qui leur permettront de gérer cette fragile planète.

Le campus a été conçu et construit pour avoir un impact minimal sur l’environnement. Par conséquent, seule une poignée d’arbres ont été coupés, et la plupart d’entre eux ont été replantés avec succès ailleurs (plusieurs structures disposent encore d’arbres qui continuent de pousser à travers leurs toits!) Et les bâtiments ont été érigés en fonction de la topographie naturelle du terrain, donc aucun déplacement de terre n’a été nécessaire. Le bambou est le matériau structurel de base employé, mais d’autres éléments locaux, naturels et renouvelables sont également utilisés, y compris du chaume alang-alang, des pierres volcaniques, du pisé et des murs traditionnels balinais de boue.

Les structures de plein air laissent passer l’air et la lumière. Des ventilateurs de plafond et un système innovant de bulles hermétiques et aérées permettent de conserver la fraîcheur dans la jungle, même pendant les jours les plus chauds. La Green School fait pousser la majorité de la nourriture qu’elle consomme, y compris le riz biologique, des fruits et des légumes. L’école est également sur le point de devenir auto-suffisante en matière d’électricité, grâce à une combinaison d’énergie solaire, d’énergie micro-hydraulique et de systèmes de production de biogaz.

Le projet solaire se compose de 108 panneaux photovoltaïques installés sur des mâts de bambou et disposés sur une pente entre la cathédrale – comme le bâtiment Cœur de l’école, elle contient plus de six kilomètres de bambou! – et plusieurs salles de classe primaires construites d’une manière qui suggère plus de l’art paysagiste plutôt que la principale source d’énergie du campus. Les élèves des écoles primaires et secondaires ont aidé à concevoir et à construire des cadres de bambou en forme d’animaux pour abriter les panneaux, tandis que les étudiants de l’école secondaire ont contribué à la proposition de demande de subvention pour aider à financer le projet.

Le projet hydroélectrique est appelé Vortex gravitationnel d’eau, plus communément appelé le Vortex. Il s’agit d’une technologie simple mais innovante, inventée par un ingénieur Autrichien du nom de Franz Zotloterer qui s’est rendu compte qu’il est possible d’exploiter le potentiel hydroélectrique d’une rivière relativement peu profonde comme la Ayung, sans construire un grand barrage envahissant. Sa solution consiste à creuser un petit tunnel qui détourne un très faible pourcentage de l’eau de la rivière dans un grand cylindre. Le tunnel et le cylindre ont été sculptés dans la pierre des carrières locales, et à travers une combinaison de la pesanteur et de la force centrifuge, l’eau descend et est poussée dans un vortex (tourbillon) très puissant, utilisé pour faire tourner une turbine qui se trouve au milieu de la structure. (Ça ressemble à des toilettes à chasse d’eau géantes!) L’eau passe ensuite dans un trou au fond du cylindre et retourne dans la rivière. Entre le projet solaire et le Vortex, la Green School s’attend à pouvoir subvenir à tous ses besoins en énergie par le biais de sources propres et renouvelables dès la fin de 2013.

Les élèves de l’école verte participent à un certain nombre d’autres initiatives environnementales innovatrices sur le campus, y compris un projet en association avec la Fondation Begawan qui travaille à la préservation de plusieurs espèces d’oiseaux en voie de disparition par le biais de la reproduction. La pièce maîtresse du projet concerne les étourneaux de Bali, de beaux oiseaux blancs avec un masque bleu distinctif autour de leurs yeux. On estime que dans les jungles de Bali aujourd’hui, il ne reste peut-être aussi peu que vingt adultes! Les agriculteurs les tuent parce qu’ils sont perçus comme des parasites et sur le marché noir asiatique, des collectionneurs paient très cher pour pouvoir les emprisonner dans des cages. Les élèves de 2e année étudient les étourneaux de Bali en classe, élèvent des vers pour les nourrir, font des projets d’art à leur sujet et effectuent finalement un petit voyage sur le terrain pour les étudier en personne. Dans les prochains mois, ils participeront à un projet de remise en liberté dans la nature. Plutôt impressionnant !

À partir de la maternelle, chaque classe à l’école verte a son propre potager que les élèves aident à créer au début de l’année scolaire. “Nous pensons qu’il est important que les enfants sachent d’où vient leur nourriture, chose que beaucoup d’entre nous dans le monde développé ne savons plus du tout”, déclare Noan Fesnoux, enseignant en études vertes.

“Nos enfants font leur propre compost à partir des déchets organiques, préparent le terrain, plantent des jardins, s’en occupent puis récoltent et mangent ce qu’ils ont fait pousser”. Les élèves de 3e année de l’an dernier ont planté un jardin pizza composé de tomates, de basilic, de poivrons et autres légumes. À la fin du semestre, ils ont invité toute l’école pour assister à une fête de la pizza!

Cette année, les enseignantes de 2e année Mona Dalmia et Yulie Lim ont travaillé avec leurs élèves pour construire les fours solaires dont ils se sont servis pour faire rôtir les légumes de leur jardin. Comme dessert, ils ont fait des biscuits aux pépites de chocolat à l’aide du chocolat que les enfants ont eux-mêmes fabriqué à partir des fèves des 200 arbres de cacao organique de l’école.

Bali, comme de nombreuses parties de l’Asie, cultive du riz comme aliment de base. Mais plus qu’un aliment, le riz est à bien des égards l’épine dorsale culturelle de l’île. Les élèves du primaire à l’école verte étudient donc le rôle du riz dans l’art balinais, la mythologie, l’histoire et la société, mais selon les objectifs de l’école, l’apprentissage ne se limite pas à la salle de classe. Au début de l’année, toutes les classes de la 1ère à la 8e année obtiennent leur propre champ de riz, où les élèves plantent le riz, font des épouvantails dans la classe d’art avec des matériaux recyclés, récoltent le riz et le mangent. « Il y a peu de chances que nos étudiants, y compris les enfants Balinais, deviennent des producteurs de riz», déclare Matt Shroads, enseignant en études vertes. “Notre espoir est que ce projet permette de renforcer certains objectifs académiques appris en salle de classe, mais aussi crée chez ces enfants un sentiment de gratitude pour le travail très difficile qu’est la culture du riz, une meilleure idée de la façon dont la nourriture qu’ils mangent est produite et un sentiment de lien plus étroit avec le monde naturel.”

Les élèves de 5e année ont participé à l’un des projets les plus intéressants de l’année, projet qui allie l’apprentissage scolaire traditionnel avec la durabilité de l’environnement : une tentative de calcul sur la portée du carbone sur l’école et de détermination de la quantité de bambou qui devrait être plantée pour compenser la production de carbone. “Les enfants ont dû faire le tour de l’école et apprendre quels types d’appareils sont utilisés, leur nombre, combien d’énergie ils consomment, en travaillant avec les écoles de communication en anglais et en indonésien”, raconte la professeure Eva Green. “C’est devenu ensuite un gros problème de mathématiques, de conversion et de calcul de l’utilisation totale”. Par la suite, les élèves ont travaillé leur pouvoir de persuasion et leurs compétences en arts visuels lors d’une campagne de marketing encourageant les gens à planter des bambous comme un moyen de compenser la production de carbone. Une des conclusions a démontré que la plus grande consommation d’électricité était causée par une machine dans le Warung vert de l’école utilisée pour faire de délicieuses boissons glacées aux fruits, une friandise très prisée sur le campus. “Je suis vraiment fière de mes élèves ”, affirme Eva. “ Ils ont soumis leur rapport au conseil des élèves, qui ont voté à l’unanimité de se débarrasser de la machine”. Excellent exemple d’apprentissage intégré et d’action communautaire!

La Green School est située au milieu de la jungle dans un pays où le cadre réglementaire est assez flexible, et beaucoup de ce qui s’y passe ne pourrait être reproduit dans d’autres parties du monde avec des climats physiques et politiques plus exigeants. Cependant bien des enseignants pourraient incorporer la durabilité environnementale dans leur pratique, peu importe où ils se trouvent.

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Une liste partielle de ce qui se passe présentement à l’école verte :

  • Trouver un endroit à l’école pour cultiver ses propres légumes et impliquer les élèves dans la conception et la culture d’un jardin.
  • Aider les élèves à créer et à procéder à une vérification de la consommation d’énergie et de l’eau de l’école; chercher des moyens de réduire sa consommation.
  • Concevoir et mettre en œuvre un programme de recyclage dans toute l’école.
  • Créer de l’art ou des projets d’architecture à partir de matériaux trouvés, organiques et inorganiques.
  • Amener les élèves dans un cadre naturel et les encourager à écrire des chansons ou des poèmes inspirés par l’environnement.
  • Se renseigner sur les espèces de la faune et de la flore, prendre part aux efforts de conservation et de protection.
  • Participer à un nettoyage d’une plage locale ou d’un parc.

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Ben Macrory est le chef des communications à l’École verte à Sibang Kaja, Bali, Indonésie. Pour plus d’informations, veuillez visiter : www.greenschool.org

Traduit par Myriam Cissé, étudiante à l’Université York (Études françaises et traduction) de Toronto, au Ontario.

Ce qui précède est une traduction de « Green School in Bali » qui a été publié en Green Teacher 99, Printemps 2013.

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