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Un enfant, une mijoteuse

Par Dan Hendry

Traduction par Jo-Annie Larose

« Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »

– Proverbe chinois

L’an dernier, des étudiants d’université de Kingston, en Ontario, ont pris ce proverbe à cœur et se sont intéressés au fait que peu de jeunes savent cuisiner, voire choisir les aliments au supermarché. Après avoir aidé leurs collègues à tirer le maximum de leur budget d’épicerie, ces étudiants engagés ont mis sur pied des séances d’information pour des centaines d’élèves de notre commission scolaire.

Ayant appris que la plupart des programmes provinciaux d’aide sociale pour les étudiants postsecondaires ne leur allouent que 7,49 $ par jour pour la nourriture, un groupe de leaders étudiants du St. Lawrence College s’est engagé à pallier cette faible allocation en mettant sur pied un projet visant à enseigner les fondements d’une alimentation saine et à promouvoir l’accès aux aliments locaux.

Ces étudiants, réunis sous la bannière d’Enactus, une organisation internationale d’étudiants, ont organisé plusieurs colloques afin d’aider les étudiants à manger santé, même avec un budget restreint. Intitulés « Food Cents », les colloques ont rapidement mené à Recettes à petit prix, un livre de recettes disponible en ligne, en version française ou anglaise[1].

Les étudiants d’Enactus ont ensuite approché le Limestone District School Board pour voir si le livre Recettes à petit prix pouvait être utile aux élèves du premier cycle du secondaire. Reconnaissant sa valeur, les membres du comité ont travaillé en collaboration avec les étudiants à la tête du programme pour faire la promotion du livre. En cours de route, ils ont décidé de créer un programme plus spécifique qui offrirait aux élèves une formation de trois jours avec un chef du St. Lawrence College et des étudiants en arts culinaires, un exemplaire du livre Recettes à petit prix et une mijoteuse. Le but de ce programme était d’enseigner aux jeunes élèves des notions en cuisine, mais aussi en gestion de budget : notions qui ne sont habituellement pas incluses dans les programmes scolaires. J’espère donc que d’autres trouveront ici l’inspiration pour démarrer des programmes du même genre au sein de leur communauté.

Une recette pour tout, même le succès

Le programme Un enfant, une mijoteuse vise à éliminer les barrières entre les jeunes et la cuisine. Il permet aux élèves de s’intéresser à la cuisine et les invite à essayer de nouvelles saveurs : ils acquièrent alors de nouvelles compétences, ce qui les met en confiance. Sous la direction d’un chef professionnel et d’étudiants en arts culinaires, nos jeunes apprennent à préparer et à cuisiner des recettes, des plus simples aux plus complexes, et ce, en seulement trois jours. Toutes les recettes proposées dans ce programme doivent remplir les critères suivants : elles doivent être réduites en sodium, avoir une faible teneur en gras et en sucre, contenir des aliments faciles à trouver en magasin et être faciles à exécuter.

Grâce au soutien financier des entreprises locales et des autres partenaires, nous offrons à chaque élève un exemplaire du livre de recettes, quelques ingrédients et une mijoteuse à ramener chez lui. Cela permet donc de faire le pont entre ce qui est appris à l’école et ce qui se passe à la maison. Mieux encore, grâce à ce programme, les élèves ont maintenant la confiance et l’enthousiasme pour cuisiner pour eux-mêmes ainsi que pour leur famille.

Enseigner des notions et des compétences de base en alimentation à nos plus jeunes élèves, c’est faire en sorte que les dirigeants de demain sauront apprécier les bons aliments et cuisiner avec des produits locaux sains. Si des programmes comme le nôtre étaient plus répandus, nous pourrions espérer passer d’un système alimentaire centralisé à un système local plus stable et plus diversifié. Rien de mieux pour accroître la demande pour les produits locaux que d’en transmettre le goût à la relève. Or, le changement dans l’offre ne pourra avoir lieu que si nos jeunes savent utiliser et préparer ces aliments.

 

Et maintenant, le déroulement de l’activité

Le chef et ses étudiants arrivent à l’école pour préparer les démonstrations et les dégustations du jour avant même que la formation ne commence. Leur préparation consiste à couper les ingrédients à l’avance et à préparer, en partie seulement, les recettes qui seront présentées au courant de la journée. Ainsi, ils s’assurent que les élèves pourront terminer toutes les étapes nécessaires à la confection d’un plat. Les chefs auront aussi apporté deux ou trois mijoteuses contenant les plats prêts à être mangés.

À l’arrivée des élèves, les chefs expliquent les règles de sécurité à adopter et font une démonstration du lavage des mains et une présentation des techniques de manipulation des aliments. Ensuite, les élèves gagnent leur poste de travail pour prendre connaissance des recettes du jour et commencer la préparation nécessaire à la confection d’un plat pour une famille de quatre personnes. Grâce aux mets préparés d’avance et servis réchauffés, les élèves peuvent avoir un aperçu de ce que leur plat goûtera. Pendant la dégustation, la cuisson se poursuit lentement. Le repas sera finalement partagé en fin de journée avec le personnel de l’école et les autres élèves.

Les plats cuisinés durant le projet pilote étaient une lasagne aux légumes, une soupe aux haricots noirs, un pouding au chocolat et un curry de lentilles.

Créer votre propre projet

Lorsque l’on s’investit dans un tel projet, plusieurs types d’organismes peuvent être sollicités. Tout comme nous, vous n’aurez pas nécessairement à amasser des fonds, mais vous devrez vous procurer suffisamment de mijoteuses pour que chaque élève en ait une à la fin de l’activité. Voyez qui, dans votre région, a pour mandat ou intérêt la promotion de la santé, la pérennité de l’alimentation locale, les enfants, la jeunesse et l’éducation. Communiquez avec chacun d’entre eux et voyez s’ils peuvent contribuer à votre programme. Pour recréer le modèle d’Un enfant, une mijoteuse, voici une liste de personnes et organismes à joindre :

  • Restaurateurs locaux;
  • Chefs locaux;
  • Agriculteurs locaux;
  • Établissements locaux d’enseignement postsecondaire;
  • Organismes de santé publique;
  • Autres divisions d’Enactus (voir auprès des collèges et universités);
  • Grossistes de fruits et légumes;
  • Marchés publics;
  • Épiceries;
  • Magasins à grande surface;
  • Fournisseurs de matériel de cuisine;
  • Organismes subventionnaires.

Durant les pauses, les élèves participent à une activité appelée « Goûter, voir, sentir et toucher », qui porte sur des aliments spécifiques. La plupart des aliments présentés auront été utilisés dans les recettes de la journée, mais on peut aussi inclure des produits de saison. Les élèves assistent aussi à de courtes séances d’information sur la nutrition basées sur le Guide alimentaire canadien et sur des directives de contrôle des portions. Chaque exposé est suivi d’une période de questions et de réponses. Ensuite, les élèves reçoivent une brève formation sur l’entretien de leur mijoteuse et, finalement, tous contribuent au nettoyage des postes de travail et du local en fin de journée.

La première année de notre projet

À notre première année d’essai, 140 élèves issus de sept écoles environnantes ont participé au programme de trois jours. En décembre 2014, notre première activité a fait participer des jeunes d’une école secondaire qui offrait déjà un programme de préparation des aliments. Comme cette école recevait régulièrement des élèves de quatre autres écoles pour les faire profiter de ce programme, nous savions que si notre période d’essai s’avérait être un succès, nous pourrions ensuite facilement nous adjoindre ces écoles.

Ainsi, après une première séance fort réussie, nous avons choisi deux écoles supplémentaires qui ne possédaient pas de programme de formation technique et où les élèves avaient peu de compétences en cuisine, voire aucune. Nous voulions savoir à quel point le projet fonctionnerait dans ces conditions, et nous avons été étonnés d’obtenir des résultats tout aussi positifs. Les élèves étaient vraiment affamés (pardonnez le jeu de mots) pour ce type d’enseignement pratique.

Le suivi que nous avons effectué a démontré que, deux semaines après le programme, 50 % des jeunes participants avaient utilisé leur mijoteuse pour préparer eux-mêmes un plat pour leurs parents et que, un mois après le programme, près de 80 % des élèves l’utilisaient pour cuisiner; plusieurs l’avaient même fait à de nombreuses reprises.

Au printemps 2015, nos élèves se sont déplacés au St. Lawrence College. Percevant un désir de la part des participants de contribuer au succès d’Un enfant, une mijoteuse, le personnel du Collège les a invités à venir utiliser la cuisine industrielle du campus. Dans un atelier intitulé « le Club du hamburger », ils ont créé, à partir de presque rien, différents types de hamburgers.

En raison du franc succès de notre première année, nous avons déjà commencé à planifier la suite. Nous espérons faire participer 220 élèves provenant de huit écoles différentes et nous désirons utiliser des produits frais locaux, dont certains proviendraient de nos jardins.

Un enfant, une mijoteuse est un parfait exemple d’un projet issu d’un besoin réel. Les notions de base en alimentation ainsi que les techniques de cuisine apprises sont trop importantes pour être oubliées. Enseigner aux jeunes à préparer des plats avec confiance contribuera certainement au maintien d’un système alimentaire fort et stable, tout en assurant la santé des élèves. N’oublions pas que de tels projets ne peuvent être possibles sans la participation de la communauté. J’espère donc que vous trouverez du soutien dans votre région pour mettre sur pied un projet du même genre. Bon succès!

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Dan Hendry est coordonnateur de Sustainable Initiatives, à la Limestone District School Board de Kingston, en Ontario. Lorsqu’il était candidat à la maîtrise au Blekinge Institute of Technology en Suisse, il a étudié sous la direction du Dr Karl Henrik Robèrt, fondateur de l’organisme Natural Step. Dan fait du bénévolat pour TVCOGECO et l’Équipe de la Croix-Rouge canadienne de Kingston. Il souhaite remercier tout particulièrement, en plus d’un grand nombre de gens et d’organismes ayant contribué au projet de par leur soutien financier, leurs compétences et leur temps, le Chef Thomas Elia, Jason Quenneville, l’organisme Enactus SLC, la Limestone District School Board, Brown’s Dining Solutions et Canadian Tire.

 Jo-Annie Larose termine un baccalauréat multidisciplinaire en littérature française, rédaction et traduction à l’Université de Sherbrooke. Gestionnaire d’une PME et coordonnatrice d’un organisme sans but lucratif, elle souhaite rédiger et traduire des textes en sciences humaines.

Ce qui précède est une traduction de « Slow Cookers for Kids » qui a été publié en Green Teacher 107, Automne 2015.

 

[1]Recettes à petit prix

Français : http://enactusslc.ca/wp-content/uploads/2014/09/006_042_FCENTS-CookBook-FRENCH-full.pdf

Anglais : http://enactusslc.ca/wp-content/uploads/2014/10/2014_09_10-cook-book-final-ENGLISH-website.pdf

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