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Vingt minutes en compagnie d’un champignon

Par Jessica Pierson

Traduction par Karolina Brzezinska

Il existe une vieille blague qui va comme suit : (Employé 1) “On nous traite comme des champignons ici!” (Employé 2) : “Pourquoi dis-tu ça?” (Employé 1) “On est toujours tenus dans le noir et on se fait marcher dessus!” Toutefois, le champignon, lui, ne se laisse pas malmener ainsi. Les robustes membres de l’ordre fongique ne nécessitent pas de lumière, ils sont autosuffisants et ils pullulent dans tous les coins et recoins de la Terre depuis des millénaires. Sachant que les champignons sont si peu exigeants, on ne peut que s’étonner de l’ampleur de leur contribution au bien-être de la Terre. Effectivement, sans ces précieux agents de décomposition, les matières organiques, qui proviennent tant des feuilles mortes que des restants du souper de poulet de la veille, se seraient bel et bien amoncelées jusqu’au ciel depuis déjà des milliers d’années. Les champignons recyclent une quantité non négligeable de nutriments et les transforment en matière humique, c’est-à-dire en terre. Le carbone et d’autres nutriments vitaux sont libérés de diverses matières organiques et sont retournés au sol au fur et à mesure que les champignons les digèrent. Ces derniers jouent un rôle essentiel dans l’acheminement de nutriments jusqu’aux racines des végétaux : jusqu’à 95 % des plantes terrestres comptent sur ces relations symbiotiques.

Non seulement la place cruciale qu’occupe les champignons dans l’écosystème est souvent sous-estimée, mais la plupart du temps, leur étonnante diversité, leur grande capacité d’adaptation et leurs caractéristiques uniques sont tout aussi négligées. L’étude de la mycologie), intégrée aux matières du programme de base, est un sujet amusant, intéressant et représente une occasion en or d’offrir des activités d’apprentissages pratiques.. De plus, les champignons sont immobiles et ne se sauveront pas pendant que vous les observez! Les trois idées suivantes vous aideront à les introduire dans votre classe.

 

Les champignons sont parmi nous (pour les classes de la 4e à la 8e année)

Durant cette activité, les élèves travailleront deux par deux pour effectuer une recherche sur une espèce de champignon en particulier et ils partageront leurs trouvailles avec le reste du groupe. Vous pouvez adapter cette activité pour qu’elle soit réalisée à l’intérieur ou en plein air, selon les ressources dont vous disposez.

  1. “Quelle est votre nourriture préférée?” Les élèves discutent des habitudes alimentaires du champignon et découvrent s’il est symbiotique, saprophyte ou parasite.
  2. “Parlez-moi de votre famille.” Il s’agit de voir à quel grand groupe de champignons il appartient (champignons à lamelles, à aiguillons ou à pores).
  3. Demandez aux élèves de préparer une liste de questions à poser à leur invité. Selon l’âge de vos élèves, vous pouvez leur proposer la liste de questions suivante ou les laisser en élaborer de leur cru.
  4. Tout d’abord, jumelez les élèves. Chaque équipe de deux étudiera le champignon de son choix, ou encore celui que vous lui aurez attribué.

Activité :

Objectif : Découvrir en profondeur une espèce de champignon en réalisant une entrevue avec ce dernier.

Amorce : Ayez sous la main des magazines branchés qui publient des entrevues avec des célébrités. Discutez avec le groupe des raisons qui amènent les journalistes à vouloir réaliser des entrevues et de la façon dont celles-ci aident les lecteurs à en apprendre davantage sur un sujet. De la même manière, pour ce qui est de l’activité proposée ici, même si plusieurs élèves choisiront de faire une recherche sur une agaricale connue, certains pourraient être tentés d’étudier une espèce plus rare parmi la myriade de champignons existants : les polypores poussant sur les arbres, les pézizes au chapeau en forme de coupe, les clavaires à la forme de corail ou encore les trémelles se caractérisant par leur consistance gélatineuse.

  1. “Avez-vous un endroit préféré où passer du temps?” Les élèves s’intéressent à l’habitat typique de ce champignon et aux endroits où les amateurs de cueillette devraient aller le chercher.
  2. “À quoi a ressemblé votre enfance?” Cette question encourage les enfants à trouver des renseignements sur le cycle de vie du champignon.
  3. “Beaucoup de gens pensent que vous êtes une plante, mais vous insistez sur le fait que vous n’en êtes pas une. En quoi êtes-vous différent de la plante?” Cette question permet aux élèves de se concentrer sur les dissemblances qu’il existe entre le monde des plantes et celui des champignons.
  4. “Si vous n’êtes pas une plante, comment se fait-il que vous ayez une tige?” Les élèves sont ainsi amenés à examiner chaque partie de l’anatomie du champignon.
  5.  Laissez aux élèves entre 10 et 15 minutes afin qu’ils puissent mener leurs recherches et trouver les réponses aux questions. Vous pouvez leur fournir des outils de référence tels que des guides pratiques, des sites Internet ou tout autre document que vous aurez préalablement choisi.

À la fin de cette activité, chaque équipe présentera, sous forme d’un jeu de rôle, l’entrevue qu’elle a réalisée. Le premier élève est l’animateur qui pose les questions et le deuxième est le champignon invité qui y répond. Selon le temps dont vous disposez, les élèves présentent l’entrevue entière ou des extraits seulement.

Conclusion : Faites une synthèse avec la classe de tous les thèmes récurrents abordés durant les entrevues, comme la diversité du monde mycologique, le cycle de vie d’un champignon ou son rôle dans l’écosystème.

 

La mission de dissection (pour les élèves de tous âges)

L’une des plus grandes méprises au sujet des champignons consiste à croire qu’ils sont vénéneux au toucher. Toutefois, à moins que vous ne vous léchiez les doigts après avoir été en contact avec un champignon toxique ou inhaliez directement les spores d’une vesse-de-loup, il est improbable que vous tombiez malade après avoir pris dans vos mains un champignon. Disséquer un champignon est donc une manière convaincante pour les élèves (et les adultes) de dissiper cette fausse idée.

  1. Pour cette activité, vous aurez besoin de gros champignons plats préalablement achetés à l’épicerie. Pour des raisons de sécurité, n’utilisez jamais de champignons que vous auriez cueillis à l’extérieur. Selon votre budget, ce sont les portobellos qui se prêtent le mieux à ce genre d’activité; par contre ils peuvent être chers. Si vous voulez que chaque élève ait son propre champignon à disséquer, vous pouvez tout aussi bien acheter des champignons de Paris. Tous auront également besoin d’un couteau jetable en plastique, d’essuie-tout et d’une loupe. À titre de guide de dissection, il serait essentiel de fournir à chacun une illustration montrant les différentes parties d’un champignon à lamelles ou de la projeter tout simplement sur un écran à l’avant de la classe.
  2. Amorce : Demandez à vos élèves combien d’entre eux apprécient les champignons sur leur pizza, avec leur steak ou dans leur sauce à spaghetti. Expliquez-leur qu’ils ont à remplir une mission : apprendre à discerner les différentes parties du champignon.

Objectif : Se familiariser avec l’anatomie d’un champignon à lamelles. Annoncez à vos élèves qu’ils se pencheront maintenant sur les différentes parties morphologiques du champignon et que, grâce à cette activité, ils connaîtront cinq parties distinctes du champignon ainsi que leur rôle précis.

Activité :

  1. Tout d’abord, fournissez à chaque élève le matériel nécessaire, soit le champignon, le couteau, les essuie-tout et la loupe. Précisez qu’il faut attendre que tous les élèves aient reçu leur matériel avant de commencer la dissection.
  2. Expliquez à vos élèves le déroulement, étape par étape, de la dissection.
  3. “La première partie du champignon que vous allez examiner s’appelle le chapeau.” Demandez-leur de séparer le chapeau du pied.
  4. “Le chapeau sert de support aux lamelles.” Maintenant, il s’agit de couper le chapeau en deux afin d’exposer les lamelles. Vous pouvez discuter avec les élèves plus âgés des diverses sortes de lamelles qui existent, les champignons pouvant avoir des lamelles libres, décurrentes ou adnées.
  5. “Chacune des lamelles possède des milliers de spores. Ceux-ci ressemblent aux graines des plantes, mais ils ne fonctionnent pas tout à fait de la même manière.” Demander aux élèves de retirer quelques lamelles du chapeau. Malheureusement, les spores sont microscopiques, alors ils ne pourront pas les observer.
  6. “Revenons au chapeau du champignon. De quoi a-t-il l’air? Certains chapeaux sont recouverts d’écailles.” C’est le moment d’examiner la surface du chapeau. Les élèves peuvent utiliser la loupe pour en faire un examen plus approfondi.
  7. “Entre le chapeau et le pied, il y a parfois un anneau. Celui-ci ressemble à un collier situé dans la partie supérieure du pied. Est-ce que votre champignon en possède un?” Demandez à vos élèves d’observer attentivement le pied de leur champignon à la recherche d’un anneau.
  8. “Maintenant, il ne reste que le pied. Comment est-il au toucher? Est-il dur comme un tronc d’arbre ou est-il plutôt spongieux? Pourquoi est-il différent?” Les champignons ne sont pas des plantes, contrairement à ce que pensent plusieurs personnes. En incitant vos élèves à réfléchir aux différences, vous les aiderez à se défaire de cette fausse idée.
  9. Une fois la mission de dissection terminée, vous pourriez demander à vos élèves de noter leurs observations sur une feuille de travail où l’anatomie du champignon est illustrée. Toutefois, si vous n’avez pas prévu de feuille pour cette activité, vous pouvez, en groupe, revenir oralement sur chaque partie du champignon.
  10. Après l’activité, veillez à bien nettoyer la surface de travail avec une lingette désinfectante comme vous le feriez pour n’importe quel autre spécimen biologique. Les élèves, quant à eux, doivent bien se laver les mains avec du savon avant d’entamer une autre activité.
  11. Après le nettoyage, si le temps vous le permet, donnez un nouveau champignon à vos élèves afin qu’ils fassent une empreinte des spores sur du papier. Pour ce faire, ils enlèveront en premier lieu le pied du champignon. Ensuite, ils entailleront le chapeau à quelques endroits afin que les lamelles du champignon touchent uniformément à la feuille de papier blanche sur laquelle ils le déposeront. Il faut laisser le champignon sur la feuille pendant au moins une journée sans y toucher. Après le temps d’attente requis, les élèves verront l’empreinte laissée sur le papier par les lamelles du champignon. Celle-ci résulte du pigment des spores et de l’humidité. Habituellement, les champignons achetés à l’épicerie laissent une empreinte brunâtre, tandis que celle d’autres espèces sera jaune, mauve, rose, brune ou noire. La couleur de l’empreinte laissée par les spores est, entre autres, l’une des manières de différencier une espèce de champignon d’une autre.

Conclusion : Avec les plus jeunes du groupe, chantez une version adaptée et amusante de la comptine “tête, épaules, genoux, orteils”. Remplacez les mots originaux par Chapeau, lamelles, pieds et volve. Les gestes habituels sont également modifiés; pour “chapeau”, les élèves pointent leur tête; pour “lamelles”, ils croisent les mains sous le menton et agitent les doigts; pour “pieds”, ils font glisser les mains le long de leur abdomen et de leurs jambes; et pour “volve”, ils miment avec les mains une forme de coupe et entourent leurs chevilles. Quant aux élèves plus âgés, mettez à l’épreuve leurs aptitudes d’identification en leur demandant de se placer en équipe de deux et de faire ressortir les différentes parties du champignon qu’ils trouveront dans les images de divers guides pratiques.

 

À la chasse! (pour les élèves de tous âges)

Les adeptes de mycologie se donnent fréquemment rendez-vous dans la nature pour pratiquer la cueillette des champignons. On dit alors qu’ils vont à la chasse aux champignons. Les élèves seront heureux de faire une incursion dans le monde de la mycologie lors d’une grande chasse durant laquelle ils ne pourront pas toucher les champignons, mais seulement les observer. Pourquoi donc les élèves ne peuvent-ils pas cueillir les champignons? Pour des raisons de sécurité bien sûr, mais aussi pour encourager des comportements à caractère durable d’appréciation de la nature. Dans les régions de l’hémisphère nord, l’automne représente le meilleur moment de l’année pour pratiquer la cueillette. Il est cependant possible de se livrer à cette activité toute l’année durant.

Amorce : (Pour les plus jeunes du groupe) : “L’autre jour, lors d’une promenade en forêt, j’ai découvert des trompettes de la mort, des coraux et aussi un cercle des fées. Voulez-vous venir avec moi à la découverte de tous ces éléments fantastiques? Bon, laissez-moi vous dire que toutes ces choses sont des champignons. Eh oui, les champignons portent parfois des noms abracadabrants”. (Pour les élèves plus vieux): “Combien de fois avez-vous vu un champignon dans la forêt? Une seule fois? Quelques fois? Toutes les fois que vous y êtes allé? Aujourd’hui, nous allons aiguiser nos aptitudes de repérage de champignons”.

Objectif : Utilisez un guide pratique illustré pour aider vos élèves dans leur recherche de diverses espèces de champignons.

Activité :

  1. Tout d’abord, partez en éclaireur afin de trouver un bon sentier de randonnée. De cette manière, vous saurez d’avance sur quels points attirer l’attention de vos élèves et à quels endroits précis ils devront regarder durant le trajet.
  2. Ensuite, expliquez aux enfants comment utiliser la feuille de “chasse aux champignons” que vous leur aurez préalablement fournie et qui leur servira de guide durant la chasse. Sur cette feuille figure une liste de tous les types de champignons communs présents dans les forêts du nord des États-Unis et du sud du Canada. Vous pourriez concevoir votre propre feuille en fonction de votre emplacement géographique.
  3. Avant le départ, veillez à ce que vos élèves aient fait leur petit tour aux toilettes et qu’ils aient bu de l’eau. Pensez aussi à apporter un insectifuge en aérosol, au cas où. Demandez à votre groupe de faire une randonnée écoresponsable, c’est-à-dire une excursion durant laquelle tout le monde reste dans les sentiers, ne cueille aucune plante, garde ses déchets dans ses poches et respecte les aires naturelles.
  4. Durant la randonnée, les élèves cherchent les champignons figurant sur la feuille de “chasse aux champignons” et, lorsqu’ils en dénichent un, ils le montrent au reste du groupe. Rassurez-vous, même si vous êtes le meneur du groupe, il n’est pas nécessaire que vous soyez un mycologue expert. Vous pouvez simplement montrer au groupe le champignon en question et y revenir en groupe après l’activité. À moins que vous soyez accompagnés d’un spécialiste de la mycologie, ne cueillez aucun champignon durant votre excursion.
  5. Au retour, permettez à vos élèves de faire des recherches supplémentaires sur les champignons aperçus dans la forêt. Ils peuvent consulter un guide pratique ou des sites Internet. Afin de stimuler leur mémoire après coup, vous pourriez prendre des photographies des champignons durant l’excursion.

Conclusion : Encouragez vos élèves à réfléchir à leurs trouvailles. Ont-ils déniché plus de champignons qu’ils ne le pensaient? Ont-ils été étonnés par la diversité des espèces présentes dans la forêt? Quelle sorte de champignon ont-ils préférée?

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Des outils de recherche supplémentaires

Les activités présentées précédemment sont des idées amusantes pour initier les enfants à l’étude du monde fantastique des champignons. Il n’est pas rare qu’une fois leurs préjugés envers les champignons mis de côté, les élèves deviennent de plus en plus curieux quant à ces petits organismes et souhaitent en apprendre davantage sur eux. Par ailleurs, il existe plusieurs sources d’information sur Internet ou dans les livres pour compléter ce qu’ils ont appris en classe. Nous vous en recommandons quelques-uns.

Les sites Internet :

  • North American Mycological Association : www.namyco.org. Cette association couvre l’ensemble du territoire canadien et américain. Elle propose entre autres une excellente publication que vous pouvez télécharger et qui s’intitule The Fungus Files. Même si les activités proposées sont conçues pour les enfants du primaire, elles feront certainement la joie des adultes aussi.
  • com. Ce site, qui se concentre surtout sur la région de Chicago, est conçu par Patrick Leacock, mycologue au Field Museum of Natural History.
  • Fungi Map.org.au. Cent pour cent australien, cet outil portant sur la mycologie propose une liste complète et détaillée des champignons présents dans ce pays. De plus, le site envoie une infolettre trimestrielle à ses membres.

Les livres :

  • Mushrooms of the Northeast North America de George Barron
  • A Field Guide to Mushrooms: North America de Kent McKnight (et publié dans la série de guides Peterson)
  • National Audubon Society Field Guide to North American Mushrooms publié par la National Audubon Society
  • Edible and Medicinal Mushrooms of New England and Eastern Canada deDavid Spahr
  • A Field Guide to the Fungi of Australia de Tony Young
  • Fungi Down Under et publié par Fungimap Inc. (aussi accessible au www.fungimap.org.au)

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Jessica Pierson est une formatrice certifiée de guides d’interprétation et une naturaliste qui habite dans une banlieue de Chicago, dans l’État de l’Illinois. Elle enseigne également l’horticulture au Lake Land College. Visionnez sa vidéo de treize minutes qui s’intitule How to Dissect a Mushroom, que vous trouverez au : https://www.youtube.com/watch?v=m6JCIWokwnM&feature=youtu.be

Karolina Brzezinska est étudiante au baccalauréat en traduction professionnelle à l’Université de Sherbrooke. Passionnée de langues et de cultures, elle est aussi titulaire d’un certificat en langues modernes de l’Université de Sherbrooke.

Ce qui précède est une traduction de « Twenty Minutes with a Mushroom » qui a été publié en Green Teacher 104, Automne 2014.

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