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Ramasser des onglets de canettes pour la charité

Par Bert Murphy

Traduction par Suzanne Wernli-Roy

Depuis quelques décennies, des milliers de personnes bien intentionnées ramassent des onglets en aluminium pour des oeuvres charitables. Il n’y a aucun doute que ces millions d’onglets ont généré des fonds. Une question se pose: “Cela en vaut-il la peine?”

En Amérique du Nord, presque tous les contenants métalliques pour boissons sont fait d’aluminium, et plusieurs communautés ont accès à des programmes de recyclage. Lorsque les canettes de breuvages non-alcoolisés ont fait leur entrée sur le marché de l’Ontario au début des années 1990, cela a fourni une nouvelle source de revenu immédiat  pour plusieurs programmes de recyclage en difficulté.

Il faut approximativement 32 canettes d’aluminium pour faire une livre d’aluminium. Les prix du marché varient grandement pour les débris d’aluminium mais la moyenne se situe entre 50 cents et un dollar par livre. Cela veut dire que chaque canette vaut 1.5 à 3 cents. Environ 60,000 canettes rapporteront $1000 à $2000 à un programme de recyclage.

Approximativement 1000 onglets équivalent à une livre . Si les débris d’aluminium se vendent pour au moins un dollar la livre, chaque onglet vaut 0.1 cent. Lorsque 60,000 onglets sont prélevés d’un nombre égal de canettes, ce 60 livres d’aluminium générera un maximum de $60.00. Ce faisant, votre organisation de recyclage locale aura perdu $60.00 de revenu.

À ce point-ci, ceux qui supportent la collecte des onglets diront que, malgré ce rendement plutôt médiocre, toute initiative est bienvenue quand une organisation a un noble but,  tel qu’une collecte de fonds pour des chaises roulantes. Nous devons nous rappeler que les programmes de recyclage sont financés par nos taxes municipales. Si un programme peut atteindre le seuil de la rentabilité ou réaliser un profit, cela se fera au bénéfice des contribuables de cette communauté.

Mais nous devons aussi considérer quel impact la collecte des onglets a sur l’environnement. Ici, le transport des onglets s’avère être le problème. Quand les canettes d’aluminium (avec ou sans onglets) quittent un entrepôt de recyclage, elles sont transportées en ballots d’une demi-tonne dans un camion de transport ou un wagon de train. Elles sont transportées en une seule fois– directement vers une fonderie d’aluminium. Un camion peut livrer plus de vingt tonnes de canettes en un voyage– 1,200,000 canettes ou plus.

Les gens qui ramassent des onglets d’aluminium ne les livrent pas à la fonderie. Ils font plutôt parti d’un réseau bénévole de collection. À l’intérieur de ce réseau, les onglets sont transportés par véhicule motorisé encore et encore jusqu’à ce qu’ils arrivent finalement  au chantier de récupération. Les onglets sont ajoutés aux autres débris d’aluminium qui sont transportés par camion ou wagon de train jusqu’à la fonderie.

Combien d’essence est consommée et combien de livres de gaz à effet de serre sont créés en transportant ces onglets encore et encore? J’ai suivi le chemin des onglets ramassés par des gens à Fort Érié en Ontario et j’ai trouvé qu’ils ont été transportés deux fois en ville, puis vers 3 villes ontariennes (London, Aurora, Toronto) avant d’être envoyés à une fonderie du Québec. La distance totale couverte de Fort Érié jusqu’au revendeur de ferraille de Toronto était d’approximatement 450 kilomètres (300 miles), reconnaissant certes qu’on ramassait plus d’onglets en chemin. À supposer qu’une automobile faisait 15 km/litre (35 mpg), le transport de ces onglets a consommé 30 litres (8 gallons) d’essence. Brûler un litre d’essence  produit 2.33 kilograms de dioxide de carbone (23.1 livres/gallon impérial). Le voyage dans sa totalité a donc produit 70 kilogrammes (154 livres) de dioxide de carbone. Puis, les onglets ont été mis dans un camion et transportés jusqu’à la fonderie. Si le chemin d’autres chaînes de collection était examiné, des résultats similaires seraient sûrement mis à jour.

Les changements climatiques sont la grande menace pour notre planèete aujourd’hui. Nous n’avons pas le loisir de brûler de l’essence pour ce genre de projet qui fait plus de dommage que de bien. Les individus ou les groupes intéressés à offrir leur support  à la subvention de chaises roulantes feraient mieux d’envoyer directement leurs dons aux organisations participant à cette cause.

Laisser les onglets attachés aux canettes d’aluminium est beaucoup plus intelligent. Les centres de recyclage (Multi Material Recycling Facilities (MMRF’s)) sont hautement efficaces lorsqu’il s’agit de séparer les canettes d’aluminium des autres objets recyclables grâce à une machine utilisant les courants de Foucault (Eddy Current). Dans la région de Niagara, où j’habite, le centre de recyclage a mécaniquement récupéré plus de 575 tonnes de canettes d’aluminium dans une période d’un an. Ceci représentait plus de 35 million de canettes.  La valeur moyenne en était de plus de $1600.00 par tonne. Cette ressource à elle seule a largement contribué à rendre le programme de recyclage profitable pour les contribuables.  En même temps, ces 575 tonnes d’aluminium ont conservé au moins 225 mètres cubiques d’espace d’enfouissement, remplacé 2300 tonnes de bauxite, minerai utilisé pour produire le nouvel aluminium, et réduit la demande en électricité de 95% par rapport à la production du nouveau métal à partir du minerai.

Comme les détails mentionnés ci-dessus l’indiquent, ramasser des onglets de canettes d’aluminium et les transporter à plusieurs reprises dans le pays ne tient pas debout.

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Bert Murphy est un consultant retraité en Éducation environnementale de la Commission scolaire de Niagara.  Il vit à Fort Érié, Ontario. Il donne des conférences au sujet de l’Éducation à l’environnement à l’Université de Brock et il est le vice-président de Niagara Recycling, une organisation à but non-lucratif qui exploite un Centre de recyclage pour la région de Niagara. Il prône depuis longtemps le recyclage et les actions environnementales responsables.

Suzanne Wernli-Roy est enseignante en immersion française depuis plus de 30 ans.  Elle a facilité des ateliers, dont Éducation au service de la Terre,  pour le département de la Justice sociale de la Fédération des enseignants et enseignantes de la Colombie-Britannique.

Ce qui précède est une traduction de « Collecting Pop Can Tabs for Charity » qui a été publié en Green Teacher 96, Été 2012.

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